Le Scandale caché des miracles
La vraie révolution commence par toucher ce que le pouvoir déclare intouchable
J’ai toujours été troublé par cette question : pourquoi Jésus accomplissait-il des miracles ? Pendant des années, j’ai accepté l’explication conventionnelle - ils prouvaient sa divinité, authentifiaient son message, suscitaient la foi. Mais en relisant les Évangiles avec les yeux du théologien Jacques Ellul, j’ai découvert quelque chose de plus dérangeant, de plus radical.
Les miracles de Jésus n’étaient pas des spectacles destinés à impressionner les foules. Ils étaient des actes de subversion pure.
Pensez-y un instant. Quand Jésus guérit un lépreux, il ne fait pas que restaurer une peau malade… il réintègre un paria dans la société, défiant ainsi tout un système religieux qui maintenait ces hommes dans l’exclusion. Quand il nourrit cinq mille personnes, il ne démontre pas seulement sa puissance divine… il conteste subtilement un ordre économique qui laisse les pauvres affamés pendant que les riches festoient.
Chaque miracle était un petit coup d’État contre l’ordre établi.
J’ai grandi dans une Église où l’on m’enseignait que les miracles prouvaient que Jésus était Dieu. C’est vrai, bien sûr. Mais c’était aussi ( et peut-être surtout ) la preuve qu’il était révolutionnaire. Pas le genre de révolutionnaire qui prend les armes, mais celui qui renverse silencieusement toutes nos idoles.
L’État romain maintenait l’ordre par la force ? Jésus guérit par la douceur. Le Temple juif contrôlait l’accès à Dieu ? Jésus pardonne directement les péchés. L’économie de l’époque enrichissait quelques-uns au détriment du plus grand nombre ? Jésus multiplie gratuitement les pains.
Ce qui me fascine, c’est que cette subversion ne visait pas la destruction, mais la restauration. Ellul l’appelait une “subversion de la subversion” un retour à l’ordre originel de Dieu, celui qui existait avant que nous érigions nos systèmes de pouvoir et de domination.
J’ai mis du temps à comprendre pourquoi cette perspective me mettait si mal à l’aise. C’est parce qu’elle transforme ma foi confortable en quelque chose de dangereusement vivant. Si les miracles de Jésus étaient des actes subversifs, alors suivre Jésus aujourd’hui devrait également comporter une dimension subversive.
Cela ne signifie pas prendre des fusils ou organiser des manifestations. Mais cela pourrait signifier remettre en question nos propres idoles modernes ( l’argent, le succès, la sécurité, le confort ). Cela pourrait signifier guérir là où notre société blesse, nourrir là où elle affame, libérer là où elle enchaîne.
Les miracles de Jésus révèlent un Dieu qui refuse de se soumettre à nos systèmes. Il agit librement, imprévisiblement, selon sa propre logique d’amour. C’est terrifiant pour tous ceux qui préfèrent un Dieu domestiqué, prévisible, qui bénit nos arrangements humains sans les déranger.
Mais c’est aussi libérateur. Car si Dieu n’est pas prisonnier de nos systèmes, alors nous n’avons pas à l’être non plus.
La prochaine fois que vous lisez un récit de miracle dans les Évangiles, ne vous demandez pas seulement : “Comment cela s’est-il passé ?” Demandez-vous plutôt : “Qu’est-ce que cela renverse ? Quelle idole cela ébranle-t-il ? Quel ordre nouveau cela annonce-t-il ?”
Vous pourriez découvrir que ces histoires anciennes ont quelque chose de subversif à dire à notre monde moderne. Et vous pourriez découvrir que suivre Jésus est beaucoup plus radical et beaucoup plus dangereux que vous ne le pensiez.
Après tout, ils ne l’ont pas crucifié pour avoir prêché de jolis sermons sur l’amour. Ils l’ont crucifié parce que sa manière d’aimer menaçait tout ce à quoi ils tenaient.


